Prostitution : Le jour où j’ai décidé de vendre mon corps

Les travailleuses du sexe sont mal perçues par la société, de par la nature de ce qu’elles font pour gagner leur vie. Si certaines sont poussées dans cette industrie par des tyrans qui les frappent et les insultent, d’autres décident en leur âme et conscience de faire le trottoir. Rencontre avec trois femmes qui, malgré les risques et les préjugés, ont choisi cette vie…

Shanon : « J’avais des enfants à nourrir »

Prostitution

Tout débute il y a neuf ans. Aux petites heures d’un matin, Shanon et ses deux enfants dorment sous un abribus. Un homme vient offrir un Fanta et un sachet de biscuits à un de ses enfants. Quelques minutes plus tard, deux malfrats menacent Shanon de lui prendre son enfant si elle ne leur refile pas tout son argent. Ayant un caractère fort, elle ne se laisse pas faire. « Je n’avais rien dans la poche. Deux passants sont intervenus et on l’a échappé belle… »

Auparavant, Shanon se réfugiait chez un ami. « J’y suis restée avec mes enfants pour un bon bout de temps jusqu’à ce que sa sœur m’ordonne de vider les lieux. » Ne sachant où aller, elle passe la nuit sous cet abribus. « Mon mari est en prison. On a 20 ans de vie commune et deux enfants. On louait une maison mais j’ai dû l’évacuer. Je suis partie chez un ami de mon mari que je considère comme un frère mais sa sœur ne voyait pas cette relation d’un bon œil. »

Après l’épisode de la nuit sous les étoiles, Shanon se rend chez une connaissance qui accepte de l’héberger. En même temps, elle rencontre des hommes avec qui elle se noue d’amitié. Sauf un, qui propose de prendre en charge ses dépenses personnelles. Elle accepte cette offre qui lui permet de nourrir ses enfants. Mais au fil du temps, il commence à la tabasser. Shanon reprend ses affaires et la direction de la maison familiale pour vivre avec son père.

Pour gagner sa vie, Shanon exerce dans une agence d’ «escort girls» en toute connaissance de cause. « Cela me permettait de gagner jusqu’à Rs 20,000 en une nuit. Des fois pour le sexe tarifé ou simplement en étant à l’écoute de mes clients, venus initialement pour des moments de plaisir mais qui au final, me confiaient leurs soucis personnels. »

Cindy : « Je vis de ce métier depuis 18 ans »

Pour nourrir ses trois enfants, Cindy, 36 ans, a décidé d’être une travailleuse du sexe. L’argent qu’elle obtient contre les passes lui permet de faire bouillir la marmite et de vaquer à ses occupations au quotidien. « J’ai commencé à l’âge de 15 ans. » Consciente des dangers que comporte ce choix de vie, elle explique que cela lui permet de gagner sa vie sans avoir à mendier aux siens pour subvenir aux besoins de sa famille. Évidemment, les difficultés qu’elle rencontre sont innombrables mais elle prend sur elle pour avancer vers demain. « Je cesserai si je gagne au loto mais entretemps, il faut bien travailler », dit-elle dans un éclat de rire. Elle en profite pour partager son vécu.

Elle n’a que cinq ans lorsque son père décède. Sa mère cumule des petits boulots. Face à la précarité, elle décide de passer la nuit avec un Taïwanais pour Rs 5,000. « J’étais terrifiée mais après ça allait. » De fil en aiguille, elle enchaîne les rencontres. Ses clients sont de tous âges, dont bon nombre de marins en escale à Maurice. Les passes se multiplient ainsi que les revenus. Avec l’argent qu’elle perçoit, elle parvient à subvenir aux besoins de sa famille mais aussi à se la couler douce.

À 18 ans, Cindy décide de devenir serveuse mais elle rend vite son tablier après un chantage émotionnel de son patron. Elle retrouve à nouveau les trottoirs. Un client régulier n’est pas insensible à ses charmes. S’ensuit une demande en mariage. Cindy accepte… sans se douter du calvaire qui l’attend. Victime de violences conjugales, elle quitte son époux, il y a un an.

Depuis 18 ans, le sexe tarifé lui permet de gagner sa vie. À chaque appel, Cindy répond présent mais il y a des fois, dit-elle, elle rentre bredouille… Ce n’est pas pour autant qu’elle baisse les bras.

Mélodie : « J’exerçais en secret »

Avoir de l’argent en main et le dépenser sans avoir des comptes à rendre à quelqu’un, permet à Mélodie de vivre sa vie à sa guise. « Lorsque j’avais besoin d’argent, je devais toujours donner des explications à mes parents et j’en ai eu marre », raconte Mélodie, une Portlouisienne d’une vingtaine d’années. Elle ajoute qu’elle prend pour acquis de recevoir de l’argent et des cadeaux des hommes avec qui elle est en relation. « Mo pann realize ki mo ti pe traser. »

Elle n’a que 15 ans lorsqu’un Réunionnais lui offre Rs 12,000 pour passer du bon temps… « C’est l’argent qui m’a attiré et j’ai accepté… » À chaque rencontre avec le jeune homme, Mélodie reçoit de l’argent, relations sexuelles ou pas. Elle le fréquente pendant trois mois avant qu’il ne reparte à La Réunion.

Puis, le portable de Mélodie se transforme en téléphone rose. Elle est surprise mais elle finit par comprendre que son client a refilé son numéro de téléphone à d’autres personnes. Lors des rendez-vous, c’est un de ses amis qui s’occupe de faire la conversation avec l’éventuel client. Ensuite, c’est à son signal que Mélodie comprend si elle doit y aller. « Sinon mo laisse li en plan. »

À travers cette activité, Mélodie gagne Rs 90 000.  Cet argent sert à subvenir aux besoins de sa famille et à payer les frais de clinique de sa mère malade. « J’ai fait ce métier pendant un an et demi en secret. C’était dur au début mais c’est l’argent qui m’a motivée car il me permet de survivre. » Mélodie confie qu’elle ne se déplace que si le pactole est intéressant et non pour quelques roupies.

Pourquoi ce choix de vie ? « Au collège, j’ai été victime d’attouchements par un de mes enseignants. J’étais mal à l’aise face à ses commentaires indécents. Je ne voulais plus aller à l’école. J’ai failli exprès à mes examens pour me sortir de cette impasse. » Et d’ajouter que le travail du sexe lui a permis d’être financièrement autonome.

Paraplui Rouz – 17 décembre 2018 : Marche pacifique au jardin de la Compagnie

Engagée dans le combat contre la violence envers les travailleurs du sexe, l’ONG Parapli Rouz organise une marche pacifique le lundi 17 décembre, à partir de midi, au jardin de la Compagnie. L’objectif est de sensibiliser un maximum de personnes sur le respect des droits humains des personnes œuvrant dans l’industrie du sexe.